Les maisons (la mienne)
Avec cette chaleur étouffante qui prend toute la place, nous voilà chewing-gum au canapé, englués en slip à divaguer et je regarde cet appartement qui est le miens. Essai.
Je vois ces recoins que j’aime. Ces détails qui se sont construits à force d’habiter pleinement l’espace. Pas par la force de la décoration ni de la décision mais comme si le petit Poucet était venu y ajouter ses micro pierres à l’édifice. Ici un porte-plante, héritage de mes amours 2010 pour le mode de vie californien. On rêvait d’avoir de long cheveux bohème et d’aller surfer. Le monde s’achetait un pilea et Pinterest degueulait de la cabane en bois mid-century végétalisee. Moi, je m’achetais ce porte-plante en bois fabriqué au Canada - sur Etsy bien sûr. Là une télé, achetée en catastrophe avant le premier confinement. Je regarde cet appartement et défile devant mois les dix (ou onze ou douze) années passées.
Récemment mon compagnon et autre habitant de cet espace que nous appelons maison a dit que c’était trop petit et que cela devenait « irrespirable ». C’est comme si le plafond de notre troisième étage s’était soudainement effondré et qu’il était venu percuter ma vision édulcorée de notre cocon. Soudainement, je repensais à notre installation. Nous avions 10-11-12 ans de moins et tout nous paraissait si blanc, si grand, si propre. Depuis, la faute à mon métier, mon penchant dépensier et mon goût pour les objets, chaque mur et étagère se sont remplis. Si bien qu’en plus de nos goûts qui ont évidemment changé, nos prétentions également, l’appartement s’est rempli, engloutissant avec, notre sensation d’espace et de nouveauté.
Je n’avais jamais vécu 10-11-12 ans quelque part. J’ai toujours déménagé, max 3 ans au même endroit. Je ne me suis jamais attachée à un lieu. J’adorais tout recommencer. Oui mais voilà c’était finalement ma vie d enfant, avec mes parents. Force est de constater que ma vie d’adulte s est déroulé totalement à la même adresse. Et que cet appartement si scandaleusement grand lorsqu’on a 21 ans, devenait petit avec un enfant. J’ai toujours pensé qu’on changerait de lieu de résidence et qu’on déménagerait - au grès de notre vie - avec la même facilité que mes parents. Oui mais voilà (bis repetita) je n’ai ni leur énergie ni leurs moyens. Doit on également mentionner Paris ? Comment faire alors pour continuer d’aimer notre chez nous ? Pour le choyer et le faire respirer ? J’essaie de le regarder avec le même regard : sont toujours accrochés là les cadres qui m’ont quasi fait tomber amoureuse de mon mari (Bob, Jim et Janis en lévitation au mur). Ma tablette de cheminée ressemble toujours à une salle d’exposition miniature, permettant d’entreposer trésors ramassés et autres bougeoirs précieux. S’y est même ajouté un bouquet de fleurs en laiton que je portais dans mes cheveux lors de notre mariage. Mais le cactus qui trônait dans un terrarium (autre héritage de notre penchant West coast vibe) est mort. Partout notre histoire. Mais partout trop d’objets.
Avec mon amie Eloise, nous parlons souvent de ce dilemme et de notre amour pour le fait de vivre entouré de trop. Vieux magazines, albums photos, tickets de concerts, magnets… J’avais pourtant l’intime conviction qu’aucune photo ne viendrait jamais troubler mon réfrigérateur. Sans parler des livres. Ah les livres. Quand votre bibliothèque est pleine alors que vous déménagez, prenez garde, il n’y aura donc pas de place pour tous vos futurs livres. Les appartements qui nous font rêver ne sont pas ceux des magazines de décoration mais bien ceux qui sentent le vécu. Pile de bordels aux pieds et sur la table basse. J’aime aussi regarder mon cactus poussé. Il est étrangement bien, là, à Montmartre, derrière sa vitre. J’aime à penser qu’il ne pourra pas passer la porte lors de notre départ tant il aura grandi. Peut être comme nous finalement.
J’ai terriblement envie de parler de nos rapports aux maisons qui nous connaissent. À ces lieux que nous aimons terriblement parfois sans bien comprendre pourquoi.



